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LES
MALHEURS DE SILVER
chroniques de la vie quotidienne
Danse avec les frelons
Un
soir d'été 2004, à la nuit tombée, nous
vîmes tournoyer quelques frelons autour de la lampe au-dessus
de la porte d’entrée. D’un ou deux, au début,
leur nombre ne cessa de croître jusqu’à ce que
la situation devienne franchement critique et atteigne son paroxysme.
C’étaient
alors de véritables raids : attirés par la lumière
de la cuisine, ils venaient se cogner contre les vitres. Quelques-uns
parvenaient même à se glisser sous les portes et pénétrer
dans la maison. Il pouvait y en avoir ainsi une dizaine. Éperdus,
soûlés de lumière, ils frappaient les murs en
bourdonnant, retombaient lourdement avant de reprendre un vol incertain,
ou allaient d’eux-mêmes griller dans la lampe halogène.
Le
savari-frelons commençait. Nous exterminions tous ceux que
nous pouvions atteindre à coups de chaussure ou de bombe
insecticide foudroyante. Il fallut tout calfeutrer. Pas question
d’ouvrir les fenêtres. Il devenait dangereux de sortir,
ou même d’entrouvrir une porte. Et si nous devions malgré
tout mettre un pied dehors, cela devait se faire le plus brièvement
possible toutes lumières éteintes. Les chiens étaient
privés de leur sortie pipi du soir. Cela dura quelques jours,
jusqu’à ce que nous repérions et détruisions
les nids, l’un dans le tronc creux d’un vieux poirier
et l’autre sous le toit d’une grange.
Les chiens quant à eux n’en menaient
pas large et bien que nous parvenions à gérer la situation
sans panique et dans le calme, ils sentaient bien qu’il se
passait quelque chose de grave.
Silver en particulier sembla marquer le coup,
il rasait les murs pour aller se tapir dans un coin sombre. Il faut
croire que cet épisode hitchcockien de son existence l’ait
suffisamment marqué pour que la présence, deux ans
plus tard, d’une seule de ses créatures vrombissantes
surgie de nulle part, ravive en lui de vieux cauchemars.
Un frelon entra. Instantanément, nous retrouvâmes
le vieux “réflexe savate” et plaf ! d’un
coup bien assené, Marc aplatit la bestiole contre le mur.
Mort d’un frelon.
Là,
Silver eut une réaction qui nous surprit tant elle fut exubérante.
Il se mit à faire à Marc une fête incroyable,
bondissant de joie, lui sautant dans les bras, courant en tous sens
en poussant de petits cris....
Allons
savoir ce qui se passe vraiment dans la tête de nos chiens.
Le coup d’espadrille l’aurait-il amusé à
ce point ? j’en doute fort... et en me gardant de toute interprétation
trop anthropomorphique je me pose quand même cette question
: ne venait-il pas de hisser son Maître bien-aimé au
rang de Héros ?
Passage
du TANC
L’anecdote
est un peu coquine, mais après tout... en y mettant les formes
(si je puis dire....)
Dans
notre petit atelier d’édition, nous recevons toutes
sortes de visites (fournisseurs, représentants, prétendants
stagiaires...) Nous sommes quatre techniciens à y travailler
à plein-temps et, bien entendu, viennent s’ajouter
nos Aussies qui font partie intégrante du personnel. Ces
derniers se chargent entre autres des “relations publiques”
et de l’accueil des visiteurs. Pour vous faire une confidence,
ils ont leur mot à dire lors des entretiens d’embauche
ou dans le choix des stagiaires... En effet, ils leur font passer
leur TANC !
Vous
ne savez pas ce que c’est ? eh bien c’est ce qu’on
appelle chez nous le “Test d’Acceptation Naturelle des
Chiens”. Pour être plus précis, si une personne,
même hautement qualifiée, veut travailler dans nos
murs, il est hors de question qu’elle soit dégoûtée
par les chiens, par leur odeur, leurs poils, qu’elle les déteste
ou qu’elle en ait une peur viscérale, ce qui peut arriver
et ne serait souhaitable pour personne.
Un
jour, on sonne au portail de la cour. Fred, notre employé,
part ouvrir et fait entrer une demoiselle se présentant pour
une demande de stage. Talons hauts, jupette ras le bonbon, sophistiquée
en diable (pas trop le genre de la maison), mais passons. La voilà
qui s’avance d’un pas chaloupé jusqu’à
la pièce d’accueil située au fond du jardin,
suivie de Fred. Je m’apprêtais à aller les rejoindre,
précédée de mon chien Silver qu’elle
ne vit pas arriver. Or, juste au moment de monter la petite marche
sur le seuil de la porte, hop ! voilà que le beau Silver
lui colle un nez inquisiteur en pleine cible. La donzelle poussa
un petit cri, une sorte de “Wou, hou, hou, hooouu !”
Pensa-t-elle
à cet instant qu’une main prévenante l’aidait
à monter la marche? La voyant se retourner j’ai craint
le pire ! Comment allait-elle réagir? Fred, la mine ahurie,
eut un mouvement de recul. La gifle était imminente. Il y
eut alors un moment de flottement. Sauvé in extremis par
la découverte du galant Silver, Fred ne reçut en retour
qu’un sourire faussement gêné.
Silver
pour sa part eut droit à un regard foudroyant et un minois
froidement pincé. Il ne reçut aucune caresse. L’ingrate
!... allez comprendre... après tout il ne faisait que son
travail de chien voulant savoir à qui il avait affaire !
La
Miss n’a pas fait de stage chez nous. |
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